Sel et Lumière du monde – Homélie du 5ème dimanche T.O. “A”

Sel et Lumière du monde – Homélie du 5ème dimanche T.O. “A”

« Vous êtes le sel de la terre (…) Vous êtes la lumière du monde. »

En nous comparant au sel et à la lumière, deux réalités qui nous sont familières, Jésus veut nous faire prendre conscience de notre importance, de notre utilité pour les autres et pour notre milieu de vie. Le chrétien ou la chrétienne que je suis est aussi précieux que peut l’être le sel dans la nourriture ou encore la lumière dans les ténèbres.

Le sel comme la lumière, ont ceci de particulier qu’ils n’existent pas pour eux-mêmes. Le sel n’existe que pour la nourriture dans laquelle elle est mise, et la lumière existe pour éclairer le monde. Ma vie, comme le sel ou la lumière, n’a de sens que si elle est menée non pas pour moi, mais pour les autres. Peut-être que chaque fois où j’ai cessé de me battre pour les autres, chaque fois que j’ai pris la décision de ne penser qu’à moi, de ne vivre que pour moi, alors, j’ai cessé d’être sel, j’ai été cette lumière qui a décidé d’être mise sous le lit au lieu d’être placée sur le lampadaire !

Nous sommes donc le sel de la terre !

Le sel, nous le savons, se mélange dans la nourriture. Jésus nous invite donc à nous mélanger aux autres, à ne pas être fermés, repliés sur nous-mêmes, à ne pas exclure les autres, à savoir accueillir… Celui qui n’accepte pas de se mélanger aux autres ne peut prétendre être sel. Et lorsqu’on connait toutes les difficultés que nous avons à nous mélanger aux autres, à accueillir tout le monde, nous ne pouvons que demander au Seigneur de nous apprendre à mieux être sel de la terre… On fait toujours perdre quelque chose aux autres, au groupe en ne nous mélangeant pas à eux.

Le sel, ça conserve, ça rend inaltérable. N’est-ce pas une invitation à la fidélité, à savoir conserver nos relations, nos engagements, à savoir persévérer dans nos efforts, à tenir à notre parole ? Mais nous sommes tellement changeants, nos rapports se dégradent tellement vite ! Si le Seigneur pouvait mettre un peu de sel dans nos relations, dans nos convictions !

Le sel, ça dégèle. Nous sommes sel par notre capacité à savoir dégeler, pacifier, décrisper les situations bloquées. Je connais certainement une personne qui est venue décrisper, pacifier les relations difficiles que j’avais avec telle ou telle personne. Et peut-être qu’à moi aussi, il m’est arrivé de réconcilier telle personne avec telle autre. Ce fut ma façon d’être sel. Que le Seigneur me donne de l’être plus souvent… Et surtout que je ne sois pas celui ou celle qui gèle ce qui était dégelé…

Le sel, ça ne se voit pas ! N’est-ce pas une invitation à la discrétion, à l’humilité dans ce que nous sommes et dans ce que nous faisons ? Chaque fois que nous sommes tentés de nous faire voir, de faire parler de nous, nous devenons comme ce morceau de sel qui refuse de se dissoudre et que l’on vomit. Personne n’aimerait d’ailleurs mettre dans sa nourriture de gros grains de sel qui ne se fondent pas ! Que de fois j’ai eu du mal à me fondre, à accepter d’être dissout, à passer inaperçu, à être véritablement sel de la terre !

Le sel, ça donne soif ! La soif de vivre, de continuer… Je connais certainement telle ou telle personne dont la vie et les paroles m’ont donné le goût, la soif de faire telle ou telle chose, m’ont encouragé, galvanisé, alors même que j’aurais pu me décourager si je n’avais croisé leur route. Voilà des personnes qui ont réussi à être pour moi, sel de la terre. Peut-être m’est-il arrivé, à moi aussi, d’être ce sel pour les autres… Que le Seigneur me donne de l’être chaque jour un peu plus.

Sel de la terre, mais aussi lumière du monde !

Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous dit comment nous pouvons être lumière du monde.

Je suis lumière quand ce que je suis et que j’ai devient charité, quand je partage avec celui ou celle qui a faim, quand ma maison devient abri et refuge pour celui qui n’a pas de toit…

Mais lorsque je me referme sur soi-même, lorsque je tourne le dos à la pauvreté et à la souffrance qui m’entourent, lorsque ma richesse se transforme en égoïsme, alors, pour mes frères et sœurs, je deviens ténèbres : ténèbres de frustrations, de jalousie, d’envie.

C’est l’occasion de rendre grâce au Seigneur pour tous ceux qui m’ont fait bénéficier de cette lumière qui venait d’eux, ces personnes qui ont fait briller la lumière d’un sourire sur mon visage qui sombrait dans le pessimisme ou le désespoir. Et peut-être que moi-même aussi me retrouve souvent à aider, à secourir, à nourrir, à habiller, à loger, à éclairer telle ou telle personne qui ne voyait plus clair dans sa vie, qui n’était pas certain de voir la fin du jour, la fin de la semaine, la fin du mois… A ma façon, j’ai ainsi appris à être cette lumière du monde.

Le Seigneur nous demande de briller pour eux, de briller avec eux, et non pas de briller à côté d’eux, loin d’eux. Celui ou celle qui brille avec nous et pour nous, partage. Par contre, celui qui brille à côté de nous frustre ; celui qui brille loin de nous nous ignore…

Jésus nous apprends en effet que c’est en donnant de la saveur et du goût à la vie des autres que nos vies elles-mêmes prennent sens, goût et saveur ; que c’est en éclairant la vie du prochain que nos vies elles-mêmes s’éclairent. Nous le reconnaissons : nos flammes sont souvent si faibles que nous préférons parfois les garder pour nous. Qu’il nous donne la grâce de les ranimer continuellement…