Quelle est ma façon, en ces moments de maladie, d’être bienveillant et bienfaisant pour mon prochain ?

Quelle est ma façon, en ces moments de maladie, d’être bienveillant et bienfaisant pour mon prochain ?


TEXTES:
1ère Lecture : 1 Samuel 16, 1b. 6 – 7. 10 – 13a
Graduel : Psaume 22
2ème Lecture : Ephésiens 5, 8 – 14
Evangile : Jean 9, 1 – 41

Frères et sœurs, les ravages causés par cette pandémie du Coronavirus, ravages de plus en plus proches et visibles, nous plongent dans une inquiétude, voire une peur, telles qu’on en vient à oublier ou à trouver anecdotique que ce 04ème dimanche de carême est souvent appelé dimanche de la joie…

Et puis, la recommandation de Jésus à l’aveugle : « Va te laver… », ne nous renvoie-t’elle pas à l’une des mesures « barrières » qui nous sont proposées avec insistance par tous les spécialistes aujourd’hui, à savoir se laver soigneusement et assez régulièrement les mains avec du savon ?

Et si c’est Jésus, qui par la bouche de nos médecins, nous adressait ces paroles ? Et si le respect de toutes ces mesures de confinement était un acte d’obéissance religieuse ? Et si cet acte pouvait, pour nous, tenir lieu de messe, ce rassemblement désormais déconseillé ?

Puisse Jésus permettre, qu’à notre inquiétude et à notre peur, succèdent le soulagement et la joie de voir ce mal qui met à rude épreuve toutes nos capacités scientifiques et économiques, toutes nos certitudes, notre équilibre social que nous découvrons soudain si fragile, disparaître dans les plus brefs délais et avec le moins de dégâts possible.

Dans l’évangile, Jésus rencontre un aveugle de naissance. Voilà quelqu’un qui est, avant même d’avoir fait le moindre mal, commis le moindre péché, frappé par le malheur. Quelle injustice ! Pourrions-nous dire…

« Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? » Face à la maladie, à la souffrance injuste, au malheur, la voie naturelle a toujours été de chercher le coupable, le responsable, celui qui aurait de mauvaises intentions, celui qui a été négligent, celui qui n’avait rien prévu, celui qui a été incompétent, inconscient… Quelqu’un disait : « L’homme a la menuiserie dans le sang. Il voudrait d’instinct ajuster faute et souffrance. Quel soulagement si elles coulissaient l’une sur l’autre : nous posséderions enfin la clé de notre destin et la mort serait devenue raisonnable. »

Mais Jésus, bien qu’ayant appris le métier du bois auprès de son père Joseph, ne veut pas qu’en face de la souffrance, du malheur, nous nous comportions comme des menuisiers, des gens qui cherchent toujours à « visser le couvercle PECHE sur la boîte SOUFFRANCE. »

Face à un malheur comme celui qui frappe l’humanité en ce moment, nous pouvons toujours, comme la plupart le font déjà, nous poser la question de la cause. Mais Jésus nous invite à nous poser aussi la question de savoir comment nous pouvons manifester les œuvres de Dieu même dans ce malheur : « Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour… » N’est-ce pas par la compassion comme nous le voyons de lui-même en face de cet aveugle de naissance ? N’est-ce pas par la solidarité, n’est-ce pas par des comportements responsables qui sont plus que jamais attendus de chacun et chacune de nous aujourd’hui ? N’est-ce pas par le souci des autres en devenant désormais leurs protecteurs ? Mon salut passera par une attitude qui sauve mon prochain. C’est en cherchant à sauver les autres à tout prix que je me sauverai moi-même.

Pour Jésus, la façon d’être bienveillant et de guérir cet aveugle fut de toucher ses yeux. Quelle est ma façon, en ces moments de maladie, d’être bienveillant et bienfaisant pour mon prochain ? Surtout pas en l’approchant de trop près encore moins en le touchant ! A défaut de pouvoir faire quelque chose directement, il nous est demandé d’apprendre à être de manière différente. On n’aide pas seulement l’autre par ce que nous faisons, on l’aide aussi par notre façon d’être. Et en ce moment, le plus important pour nous n’est visiblement pas le faire, mais l’être. Il nous faut désormais, plus que par le passé, tenir compte de l’autre, de sa sécurité, de sa santé. Nos actes ne se feront plus sans tenir compte du bien de l’autre. On découvre désormais que c’est en cherchant le bien de l’autre que je trouve mon véritable bien. Je réalise que quand l’autre est mal, je ne suis pas en sécurité. Je comprends qu’il est parfois bon pour moi de me limiter, de me confiner, de ne pas occuper tout l’espace, de ne pas étouffer l’autre, de le laisser respirer…

Pour finir, il a été reproché à Jésus de « saboter » le sabbat pour sauver cet homme. Et aujourd’hui, beaucoup ont l’impression que pour sauver notre prochain, il nous est demandé de « saboter » le dimanche, la messe… Certains le vivent d’ailleurs très mal. Mais nous voyons bien dans l’évangile que Jésus, devant le malheur qui frappait cet aveugle, a décidé de mettre entre parenthèses les exigences du sabbat. Il nous montre ainsi que dans l’échelle des valeurs, sauver un homme, préserver sa santé est plus important que respecter les prescriptions du sabbat, qu’aller à la messe le dimanche. L’urgence, c’est l’homme malade, l’homme en danger, l’humanité à sauver. Celui qui tourne le dos à l’humanité tourne le dos à ce Dieu qu’il prétend louer. C’est le reproche qu’il fait aux pharisiens et qu’il pourrait nous faire aujourd’hui.Paragraphe

Ne l’oublions pas. Dieu est descendu du ciel pour nous rejoindre sur cette terre. Il est même descendu jusqu’au séjour des morts pour relever ceux qui y étaient engloutis. Ce Dieu serait-il, aujourd’hui, devenu incapable de nous rejoindre dans nos confinements, au point où il nous faudrait absolument le chercher dans les grands rassemblements de prière au risque de mettre en péril la santé et la vie de nos frères et sœurs ? Que dire alors de la situation permanente de ces hommes et ces femmes, malades, handicapés, immobilisés par le poids des années, qui ne peuvent plus aller à la messe et dont la vie de foi se résume parfois en cette belle conviction et certitude que le Seigneur est celui qui rend visite aux malades et aux prisonniers. Ne sommes-nous pas aujourd’hui ces « prisonniers », principaux bénéficiaires de la visite de ce Jésus qui s’est toujours fait proche des petits ? Ne nous inquiétons donc pas si nous ne pouvons pas aller à lui pour des raisons de charité envers nos frères et sœurs. C’est lui qui, à coup sûr, fera le déplacement. Et si on veut être sûr de le rencontrer, veillons à rester dans des lieux qui manifestent notre souci pour la santé et la sécurité du prochain.

P. Etienne Nemi