La spiritualité et la vie chrétienne sont comme des investissements en économie

La spiritualité et la vie chrétienne sont comme des investissements en économie

Homélie du Père Etienne NEMI

« A celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. »

Etonnantes, bizarres, ces paroles de Jésus, dont le souci pour les pauvres, pour ceux qui ne sont rien, pour ceux qui n’ont rien, n’est plus à démontrer. Car ici, Jésus semble contredire Jésus ! Notons que ce n’est pas la seule fois où Jésus prononce ces paroles. Plus loin dans l’évangile de Mathieu, à la fin de la parabole des talents, il prononcera exactement les mêmes paroles au sujet du serviteur qui, au lieu de mettre en valeur son talent, avait choisi plutôt de l’enterrer. (Mt 25, 29).

Il donne en effet l’impression de prendre faits et cause pour les riches, ceux qui ont, ceux qui sont. Certains ne pourraient-ils pas s’en référer pour justifier l’exploitation et l’appauvrissement des pauvres de même que l’enrichissement insolent des riches ? Venant de lui, cela peut effectivement choquer et même déstabiliser. Mais de quoi s’agit-il réellement ?

*Pour mieux comprendre le sens de ces paroles de Jésus, il nous faut rappeler le contexte dans lequel elles sont prononcées. C’est dans le cadre de la parabole du semeur, avec trois sols pauvres à savoir le bord du chemin, le sol rocailleux et le sol épineux, et un sol riche, la bonne terre. * Celui qui est riche d’une bonne terre devient plus riche avec une bonne récolte et celui qui est pauvre d’une terre envahie par des pierres ou des ronces perd même la semence qu’il répand. Rien de scandaleux donc. Cela paraît tellement évident et vrai.

En effet, il ne s’agit pas ici de richesses économiques, mais bien de richesses spirituelles. Celui qui accepte d’ouvrir sa vie, comme une bonne terre, à cette richesse qu’est la parole de Dieu va grandir dans la compréhension de cette parole et enrichir toujours plus sa vie. En revanche, celui qui se ferme à cette richesse perd même le peu qu’il a. C’est connu, personne n’est jamais devenu meilleur en se fermant à l’accueil et à la mise en pratique de la parole de Dieu.

La spiritualité et la vie chrétienne sont comme des investissements en économie. Ceux qui en sont riches s’enrichissent, et ceux qui en sont pauvres s’appauvrissent. Ce n’est donc pas une sanction de Dieu qui décide de punir les pauvres, c’est plutôt une décision de l’homme qui refuse de s’investir dans la vie spirituelle un peu comme l’ouvrier de la parabole des talents, comme les scribes et les pharisiens rejetant systématiquement le message de Jésus, comme les villes de Corazine et de Bethsaïde se fermant à tous les signes faits par Jésus, et peut-être comme chacun de nous faisant le minimum voire rien du tout pour accueillir et faire grandir la parole de Dieu dans notre vie.

Oraisons du Père Anicet AWOUBA

🍇🌺🍅 « À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance (…) » La justice de Dieu n’est pas celle des hommes, c’est-à-dire celle d’une logique numérique. Pour Dieu, nous ne sommes pas des éléments indistincts d’une masse : chacun est unique et revêt une dignité inaliénable. La providence confie à chacun selon ses capacités et enlève ce qui risque de le perdre. Ai-je confiance dans les dispositions de la justice divine ?