il y a des rôles qu’il vaut mieux ne jamais accepter de jouer dans la vie

il y a des rôles qu’il vaut mieux ne jamais accepter de jouer dans la vie

Homélie du Père Etienne NEMI

Cela fait déjà trois jours que Jésus a été brutalement et sauvagement tué. Mais dans le cœur de ces femmes, Marie Madeleine et l’autre Marie, son souvenir reste vivant. Tout ne s’est pas éteint ce jour-là, lorsqu’il rendit l’esprit. Alors elles décident de se rendre au sépulcre.

Avec la décision de ces femmes, se dessine déjà un affrontement. En effet, de l’autre côté, au sépulcre, il y a des gardes qui ne peuvent que nous rappeler la brutalité de la passion. L’affrontement paraît inévitable. Deux camps s’apprêtent donc à se faire face : d’un côté les femmes, habitées par la peur, l’inquiétude ; de l’autre côté, les gardes, sereins, forts de leur « victoire » éclatante du vendredi. L’affrontement semble, une fois de plus, inégal.

Sauf qu’entre temps, il y a une révolte, une terrible et inattendue révolte : la révolte du ciel, la révolte de Dieu, la révolte de la nature contre le mal, contre l’injustice, contre la brutalité, contre les abus… « Voilà qu’il y eut un tremblement de terre… » Du coup, la peur change de camp.

 Ceux qui étaient sereins et sûrs de leur fait sont désormais dans la panique : « Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts. » Ils devaient garder un mort, et c’est eux qui, à la fin, sont comme morts ! Quelle ironie du sort ! Ils sont plus proches désormais de ce tombeau dans lequel ils maintenaient le corps de Jésus ! Ils ne sont pas loin de subir eux-mêmes le sort qu’ils avaient réservé à Jésus ! Quel violent retour de bâton !

 Par contre, celles qui étaient tremblantes, sont invitées à reprendre courage : « Soyez sans crainte ! » Elles étaient venues, mortes de peur et d’inquiétude, et c’est elles qui, à la fin, sont pleines de courage, de force et de vie ! Elles se croyaient mortes elles aussi, les voilà pleines de vie !

Tout est totalement bouleversé. Ce ne sont plus les gardes qui sont assis sur cette énorme pierre qui bloquait l’entrée du tombeau, c’est désormais l’ange qui, ayant roulé cette pierre sur le côté, est assis dessus, l’empêchant désormais d’obstruer l’entrée ou la sortie du tombeau : « L’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. »

Ce récit que nous raconte Matthieu est pour nous riche d’enseignements au sujet de la résurrection.

 A travers le sort réservé à ces gardes, nous voyons bien qu’il y a des rôles qu’il vaut mieux ne jamais accepter de jouer dans la vie. Le jour de la résurrection s’annonce comme le jour de la déroute et de la débandade pour ceux et celles qui, comme les gardes, auront accepté de jouer ce mauvais rôle qui consiste à s’asseoir sur la vie de leurs frères et sœurs, à les écraser du poids de son pouvoir, de sa violence, de sa puissance, de son influence, à les frapper et les empêcher ensuite de se relever…

Comme ces gardes, ne suis-je pas assis sur une énorme pierre qui empêche le relèvement de telle ou telle personne ? Ne suis-je pas en train de bâtir ma vie, ma carrière sur ma capacité à neutraliser les autres, à les éteindre et à empêcher que d’autres viennent les relever ? Quelle sera la fin du « garde » que je suis ?

A travers l’attitude de l’ange, nous pouvons voir à quoi nous sommes invités, nous qui proclamons la résurrection de Jésus : passer notre vie à rouler les pierres posées sur les vies et les têtes de nos frères et sœurs, nous asseoir sur ces pierres pour qu’elles ne repartent plus écraser leur vie.

 La pauvreté, la maladie, l’ignorance, le chômage… autant de pierres posées sur nos vies et celles de nos proches. Qu’est-ce je fais, pour que, comme cet ange, ces pierres soient roulées à côté et surtout qu’elles ne reviennent plus bloquer les vies, les familles, les pays… ?

Qui suis-je à la fin ? Garde ou ange ? Comme ce tombeau ouvert, la résurrection de Jésus vient nous ouvrir toutes les portes. Je peux donc, « garde » de mon frère que je suis, choisir de devenir « ange ». Ce sera déjà pour moi une belle résurrection.

A travers l’agréable surprise connue par ces femmes, nous voyons le mérite de ceux ou celles qui restent convaincus que la mort et toutes ses manifestations que sont l’injustice, la violence, l’abus de pouvoir, la haine ne seront jamais le point final de l’histoire de l’homme et du monde. Et que se mettre à leur service, c’est creuser sa propre tombe, préparer son propre désarroi à la fin des temps. En revanche, se mettre au service de la loyauté, de la vérité, de la justice, malgré les peines, les misères, les humiliations que cela vous causera, est une excellente préparation à cette agréable surprise que constitue la résurrection.

Celui qui se pose, s’enracine et se nourrit sur la tombe de son frère finira lui-même par entrer dans cette tombe. Celui qui vient pleurer de tout son cœur sur la tombe de son frère, finira, par la puissance de Dieu, en libérant son frère, par se sauver lui-même…

Que le souffle de Dieu, ce tremblement de terre de Pâques, vienne souffler sur toutes ces pierres qui nous écrasent et nous emprisonnent, pour que nous puissions nous aussi, goûter à la lumière, à la liberté et à la joie de Pâques.

Oraisons du Père Anicet AWOUBA

🌾💞🥀🌹 Le Samedi Saint nous contemplons ce grand jour de silence et d’absence du Seigneur. Seigneur, je suis dans le grand silence de ce Samedi Saint, aide-moi à préparer mon cœur pour le grand mystère de la Résurrection. Que les grâces du temps pascal puissent me rapprocher de toi et de ton amour.
Bonjour et bonne Veillée Pascale !!!

🔥 PAA, CSSp 🔥 🌾💞🥀🌹